mercredi 28 mars 2012

Compte-rendu de la table ronde [If] Design du 08/03/2012 "Les modalités de rémunération des projets de design"

Les table rondes d'[If] Design

Modérateur : Louis-David Benyayer, Directeur associé du cabinet Vobiscum
Invités :
- Catherine Breitner, Grapus
- Armel Lecoz, designer de service, membre de la FING

Les tables rondes sont l’occasion de réunir des professionnels et des personnes intéressées par le design pour débattre de sujets d’actualité du design. 

Introduction

Louis-David Benyayer, cabinet Vobiscum et WOM, introduit le sujet en présentant plusieurs cas de design « gratuit » :
  • Philippe Starck pour le pass Navigo d’Ile-de-France ou les vélos bordelais ;
  • Boeing et sa stratégie de crowdsourcing : appel à 140 000 passagers pour concevoir son dreamliner
  • Plateforme Crowdspring aux USA, qui propose des compétitions non rémunérées, et rassemble 61 000 créatifs, 110 propositions en moyenne
  • usineadesign.com : tout le monde peut proposer un modèle (quelque soit son métier)
A l’inverse, des associations américaines ont entrepris de dénoncer les opérations de compétitions non rémunérées massives.

Pour comprendre les modalités de rémunération, il est nécessaire de commencer par définir ce qu’est une prestation de design en répondant aux questions :
  • Combien : quelle est la juste rémunération du design ? L’articulation prix-coût-valeur
  • Quoi : quelle est la prestation du designer ? Les composantes du design (esthétique, concepts, organisation de systèmes, réflexions sur l’usage, …)
  • Qui fait du design : professionnels vs amateurs, expérimentés vs juniors ?
  • Pour qui : grands comptes vs entrepreneurs ?


Présentation des activités des invités :

- Catherine Breitner, Grapus, années 80
Créé dans les années 70 en France, Grapus est un groupe de graphistes (une centaine) qui a acquis une influence certaine dans les milieux du graphisme français et international. Son ambition était de développer une recherche graphique ainsi qu’un engagement politique, social et culturel.
Le collectif proposait généralement aux institutions des projets déjà réalisés. Ils recherchaient la production de créations créées en amont.
Le travail était militant.
"Mieux vaut une bonne idée qu'un bon de commande."
"On gagne pas très bien sa vie mais on s'amuse bien."

Pour Catherine Breitner, il existe deux mondes : d’un côté, les graphistes dits « institutionnels » (esprit indépendant) et de l’autre côté, les graphistes qui travaillent en agence et qui répondent à une demande précise d’un client à un prix défini.
Pour illustrer la notion de rémunération, elle cite un exemple dans son parcours professionnel : on lui a demandé d’augmenter ses tarifs dans une de ses propositions commerciales (x4) pour être « crédible ».


- Armel Lecoz propose un service de design politique : ses clients sont politiques / institutionnels, il met en œuvre des dispositifs participatifs pour la conception de services publics.
Il part d'une phase d'observation et utilise les outils du designer pour emporter l'adhésion du client.
Exemple : dispositif mis en place au Sénat et au Parlement dont l’objectif est de faire appel aux citoyens pour proposer des lois (idée de « gouvcamp »).


Echanges et débats avec les participants :


Les difficultés à la vente de prestations de design

Difficulté à vendre ses prestations. Les designers sont-ils de mauvais commerciaux ?

Le design semble de plus en plus accepté comme incontournable dans le secteur économique, pour autant, sa valeur est de plus en plus diluée.
Le secteur a encore besoin d'évangélisation.
Une prestation considérée comme mal payée, au départ, peut être une façon de préparer le terrain dans le cas de structures qui sans cela n'auraient jamais fait appel au design.


La notion de gratuité

Travailler gratuitement peut correspondre à :
- un investissement commercial/marketing ;
- un modèle multifaces (une partie de la prestation est gratuite).


Le niveau de rémunération correspond à une légitimité attendue par les clients.
Ce niveau diffère selon les secteurs d’activités et les types de clients.

Emergence du « gratuit-payant » / freemium : le paiement n’intervient qu’après proposition des premières pistes.

Philippe Starck a la capacité de réaliser gratuitement certaines prestations : il possède la notoriété et la capacité financière. Le problème est que le reste de la profession ne peut pas se le permettre et que le message passé au marché est désastreux. Il aurait peut-être été préférable qu’il facture et reverse l’argent à une association, par exemple.


Refuser la gratuité ?
Il existe une confusion chez le client induite par l’appartenance à la Maison des Artistes qui n’est pas compatible avec une démarche commerciale.

L’ADC a publié un livre blanc sur les compétitions en design prônant  le refus des compétitions non rémunérées. Dans un secteur très concurrentiel, cette démarché est très peu respectée. Cela semble d’ailleurs plus valable pour le pack, la pub et l’archi et plus difficile pour le design industriel. Les réalités commerciales, économiques, et techniques sont différentes.

Aux Etats-Unis, le mouvement « No spec » (pour "No speculative work" http://www.no-spec.com/) fédère les militants, édite un code de bonne conduite, encourage l’envoi d’une lettre de refuis de réponse à l’appel d’offre aux annonceurs proposant une compétition non rémunérée. C’est un message tangible envoyé aux annonceurs.


L’évolution du métier de designer

Remise en question du métier de designer : le design est-il une création artistique ?
On assiste à une évolution du métier vers l’apport de valeur autre (conseil).

Nécessité de former les futurs designers à une carrière, une évolution. « Même si on s’amuse », il est nécessaire de ne pas perdre de vue qu’il s’agit d’un métier.
Un point rassurant : les entreprises demandent maintenant des grilles de salaires, des formalisations de postes. Le secteur se consolide.

Faire un métier de « passion » n’est pas opposé au maintien d’un niveau de ressources correct.

Il existe plusieurs métiers du design et ainsi plusieurs syndicats :
  • AFD
  • Fedi : code déontologie des marches
  • Designers interactifs
  • ...

Il apparaît que le secteur a changé et que l’on ne peut plus facturer certaines prestations (ou à très bas coût). La valeur ajoutée du design s’est déplacée. Le métier de designer a évolué, s'est segmenté, s'est complexifié, et dans le même temps il est plus aisé pour les donneurs d'ordre de faire appel à des compétences après les avoir comparées.  Les modèles économiques doivent être repensés.

Merci à tous, participants et intervenants, pour cette table ronde riche en échanges et à très bientôt ! 
Rédacteur : Tiphaine Igigabel – dici design & Club Design & Innovation du réseau des diplômés de l’ESSCA


Présentation de l’association IF Design

L’association a pour objectif la promotion de la démarche et des outils du design sur Paris et sa région et travaille plus précisément à :
  • Regrouper des professionnels qui agissent selon une déontologie partagée quant à la mise en œuvre de la démarche et des outils du design ;
  • Mettre en avant un design spécifiquement issu de l’Île-de-France ;
  • Assurer un flux d’informations exhaustif et régulier pour chacun des membres de l’association, sur l’ensemble des évènements ayant trait au design.

En partenariat avec le Club Design & Innovation du réseau des diplômés de l’ESSCA